«On est en retard sur la réalité»

Le Parlement veut rappeler la responsabilité aux maîtres d'ouvrage publics concernant l’utilisation de matériaux de construction recyclés. Bien que le secteur de la construction ait déjà appliqué les principes de l’économie circulaire, cette décision est un signal important.  

 

 «Peut-on se permettre de jeter des matières premières qui n’ont été utilisées qu’une seule fois?» C’est la question soulevée par Martin Preisig, responsable matériaux de construction chez Eberhard Unternehmungen, lors de la journée Eberhard consacrée à l’économie circulaire 2019 (l’édition 2020 a dû être annulée). La réponse est bien sûr non. L’Eberhard Unternehmungen a adopté ces principes en 1983 déjà, lorsque l’entreprise a ouvert sa première centrale de recyclage. Il y a 21 ans, le centre de recyclage des matériaux de construction Ebirec a ouvert ses portes à Rümlang. La politique, quant à elle, s’en est occupée que beaucoup plus tard. En 2016, l’Ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets OLED a jeté la base légale du recyclage.  Cet été, le Conseil fédéral a été chargé de faire en sorte que, dans les secteurs du génie civil et des routes, la Confédération, les cantons et les communes planifient et construisent en utilisant des matériaux de construction secondaires à chaque fois que les conditions techniques le permettent. La Confédération doit montrer l'exemple, notamment pour les maîtres d’ouvrage privés, et apporter une contribution importante à l’économie circulaire et au recyclage de matériaux de construction.   Ulrich Widmer, PDG de la KIBAG Holding, constate: «Le fait qu’une motion demande que les pouvoirs publics, la Confédération, les cantons et les communes utilisent davantage de matériaux recyclés est certes un sujet attractif pour la classe politique qui suit l’esprit du temps, mais c’est également un sujet devenu obsolète car il est en retard sur la réalité.» 

 

Mis en pratique depuis longtemps 

 

Ulrich Widmer s'explique: «Dans notre secteur et en particulier chez KIBAG, nous utilisons davantage et autant que possible de matériaux de construction recyclés, et ce depuis des années. Aujourd’hui, le potentiel de tout un tas de matériaux est entièrement réalisé: l’asphalte, la pierre silico-calcaire, la brique, le béton, les matériaux de démolition, le bois, le carton, etc. Tous les matériaux minéraux, mais également les matériaux non minéraux sont recyclés dans la mesure du possible. L'offre et les débouchés commerciaux sont déterminés par le marché, par les limites légales, par les normes environnementales, etc. Personnellement, je trouve que les maîtres d’ouvrage sont très ouverts et pas du tout hésitants en ce qui concerne les matériaux recyclés.»  Ulrich Widmer craint que la motion conduise à une multitude de lois qui feront accroître la charge administrative, ce qui ne resterait pas sans conséquences financières. «Je regrette qu’un processus qui a fait ses preuves soit régi par toujours plus de lois et mesures administratives.»   Étant donné que le projet est en élaboration, il reste à voir si les autorités introduiront de nouvelles lois. Il subsiste un espoir qu'il soit conçu de manière favorable aux entreprises. 

 

«Visibilité insuffisante» 

 

Ulrich Widmer estime que le public ne se rend pas compte du grand engagement des entreprises de construction en matière de protection de l'environnement et de recyclage. «Nous nous vendons mal à cet égard», explique-t-il, avant d’ajouter que de nombreux politiciens ne reconnaissent pas non plus les efforts du secteur de la construction. «Sinon, ils manqueraient d’idées et de sujets.» 

Auteur: Susanna Vanek

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